Des mots Pour Grand Dire 

 Karine Boom, Orthophoniste 

Blogue

Pourquoi dépister tôt les troubles d'apprentissage et quelques points de repères...

Publié le 10 mars 2015 à 21:45 Comments commentaires (0)

Pourquoi dépister tôt les troubles d’apprentissage spécifique et référer ?

Comment les repérer?

Introduction :

-5 à 10 % des enfants scolarisés présenteraient un trouble spécifique d’apprentissage tel que la dyslexie/dysorthographie et/ou la dyscalculie.

-La dyslexie est une condition neurobiologique qui persiste durant toute la vie et qui est souvent accompagné d’un trouble déficitaire de l’attention pour environ 40 % de ceux-ci. Les mécanismes d’identification de mots ne sont pas assez rapides et efficaces, ce qui nécessite alors trop de ressources cognitives et attentionnelles pour être capable de comprendre des textes écrits.

Pourquoi la dépister et référer tôt?:)

-Ce type de trouble entraine une perte d’estime de la personne qui le vit. À chaque jour, elle fait face à l’échec et surtout à une incompréhension de ce qui se passe car le potentiel intellectuel et les performances langagières à l’oral sont bons. Les parents peuvent aussi être excédés car ils comprennent les enjeux de la maitrise de la compétence en lecture et ne comprennent pas pourquoi cet apprentissage est si laborieux. Certains jeunes risqueront ainsi de ne pas poursuivre leur scolarité. Or plus tôt ces jeunes seront soutenus et mieux ils se débrouilleront dans leur vie scolaire puis professionnelle.

- Au- delà d’une conclusion menant à valider la présence d’une dyslexie/dysorthographie, il faut référer tôt car l’imagerie cérébrale fait état d’une hypoactivité du cerveau chez le jeune à risque dès l’âge de 7 ans et montre que celle-ci peut être compensée par une activation d’autres aires cérébrales grâce à une rééducation. Cette rééducation, essentiellement orthophonique, est nécessaire car souvent, les enfants DL/DO ont des difficultés de traitement phonologique (ils manipulent mal les phonèmes), et/ou parfois des troubles de traitement visuel et/ou séquentiel, des difficultés attentionnelles et de mémoire. L’orthophoniste est également essentiel car les DL/DO ont parfois encore des troubles phonologiques subtils et il sera important avant même l’apprentissage donc vers 5 ans de vérifier l’intégrité de tous les systèmes à l’oral et ce, afin de fournir de bonnes aides pédagogiques de soutien. Ainsi par exemple, aucune aide technologique n’aidera un jeune qui présenterait également des difficultés de compréhension à l’oral.;)


 

Indicateurs par âge (Établis sur base de la liste du Dr Hornsby. Voir ressources à la fin de l'article)

Il sera important de ne pas tenir compte seulement d’un seul indicateur.


-En maternelle 5 ans , avant l’apprentissage :

Facteurs génétiques de difficultés d’apprentissage (lecture lente, orthographe déficient) de membres de la famille.

Latéralité non acquise, confusion gauche-droite, difficulté spatio-temporelle (ex. à se situer dans le temps ou l’espace)

Habiletés orales immatures

Difficulté à dénommer des objets (accès lexical)

Difficulté à détecter des rimes (conscience syllabique)


-En sus, jusqu’à la 2ème année, d’autres indicateurs s’ajoutent :

Apprentissage ardu de l’alphabet et des sons que les lettres représentent

Difficulté à assembler les sons pour former syllabes et mots

Incapacité à lire à part quelques mots simples

Incapacité à réaliser des tâches de conscience phonologique (trouver des rimes, décomposer oralement des mots en ces différents sons etc…


 En lecture, liste des erreurs qui doivent alerter et conduire à demander une évaluation orthophonique dès l’âge de 7 ans :

-Inverser des lettres à l’intérieur de mots

-Confondre auditivement des sons et particulièrement des sons proches quant au lieu d’articulation (v/f, p/b, t/d, c/g, s/z, ch/j ou encore p/t/k, m/n…

-Omettre des lettres

-Substituer des mots


En sus, dès l’âge de 9 ans (4ème année)

-Confondre visuellement des lettres (q/p,ou/on…)

-Commettre des erreurs de reconnaissance de sons complexes (ail,euil…)

-Inventer plutôt que lire l’histoire, deviner les mots ou en ajouter

-Lire avec lenteur , hésitation et de façon monotone

-Perdre souvent le fil de la lecture


 En orthographe et composition de textes dès l’âge de 7ans :

-Ne pas être capable d’écrire le graphème associé à un son donné ou d’écrire les lettres sur base de leurs noms

-Ajouter des syllabes

-Faire les mêmes confusions auditives qu’en lecture

-Faire des confusions visuelles en copie


En sus dès l’âge de 8 ans(3me année) :

-Omettre des lettres ou syllabes

-Inverser des lettres ou syllabes


 En sus, dès l’âge de 9 ans (4ème année) :

-Découper les mots au mauvais endroit (ex.écrire deux mots en un ou un mot écrit en deux parties)

-Avoir des difficultés séquentielles, d’assemblage de lettres

-Écrire les mots aux sons


 

Au besoin, voir :

Formation en ligne sur la dyslexie qui donne accès à une série de batterie de tests non formels dont l’usage peut être requis dans certains cas.

 

Karine Boom, orthophoniste

M.O.A.


 

 

Ressources :

-ANAPEDYS

http:/www.dyslexia-international.org/ONL/FR/Course/Intro.htm

-Cerveau et psycho –revue bimestrielle de novembre-décembre 2012

-L’Essentiel «Donner l’envie d’apprendre»-revue août-octobre 2012

 

La DNP ou dynamique naturelle de la parole

Publié le 10 mars 2015 à 19:35 Comments commentaires (1)


Plongez les doigts dans la peinture et pratiquez vos sons «pu, pu, pu, pu…»

La dynamique naturelle de la parole est une méthode conçue par une française, Madeleine Dunoyer.

Elle constitue un cadre de référence logique et structuré du langage où notamment les sons voyelles et consonnes sont toutes représentées. Elle nous permet d’agrandir l’«image» de ces sons (utile lorsque je veux donner le bon modèle à mon enfant!), d’en stimuler la production à l’aide de grands gestes, massages dans le dos ou traces de peinture. Les auditifs, visuels ou kinesthésiques sont rejoints. Les deux hémisphères sont sollicités.

Par exemple, ci-dessus, le son «pppp» a la particularité d’être «explosif» donc bref (contrairement au «ffff» par exemple) et réalisé du bout des lèvres (au bout de mes doigts). Le «u» est bleu sur mon soleil des voyelles , coincé entre le «ou» très fermé et le «o» plus ouvert. La fusion de ces sons donne le «pu», explosif et bleu.

C’est vraiment une de mes méthodes préférées car tellement riche quand on l’utilise régulièrement, en profondeur et sous tous ces angles.

 Voyez le site de DNP-canada, la joie de parler.

Les liens entre l'oral et l'écrit

Publié le 10 mars 2015 à 18:35 Comments commentaires (0)

Cela fait plusieurs années que j'ai fait paraitre ce document dans le nouvelliste...

Il me parait toujours important d'être attentif aux enfants qui ont ou ont eu des troubles phonologiques (ex. des confusions entre des sons comme par exemple dire «il tait» pour «il fait» ou «un dadeau» pour «un gâteau»... ce ne sont vraiment que quelques exemples !) parce qu'il a été démontré qu'ils sont plus à risque ,que les enfants sans retard de développement langagier, pour développer des difficultés ou troubles d'apprentissage. 

Enfin il est admis que les enfants qui ont une faiblesse au niveau du vocabulaire sont de moins bons lecteurs .

Voici donc l'article paru auquel je rajouterai un lien vers RIRE, réseau d'information pour la réussite éducative, vraiment une mine d'information pour ceux qui s'intéressent à la pédagogie.

«Les liens entre l’oral et l’écrit : le traitement phonologique.

La lecture et l’écriture nécessite de traiter visuellement une information mais aussi d’être capable de transformer des graphèmes (ex. en,an,ean,em,am) en phonèmes ,sons(An). C’est ce qu’on appelle le traitement phonologique. On peut écrire ce que l’on dit, on peut dire ce qu’on lit!

Il est important de dépister le plus tôt possible les troubles d’apprentissage et l’orthophoniste de par sa formation approfondie dans le domaine du développement et des troubles du langage peut aider votre enfant en proposant un plan de traitement adapté à ses difficultés :

Tout d’abord avant même l’apprentissage, il sera nécessaire de vérifier l’intégrité de tous les systèmes à l’oral. Les enfants ayant ou ayant eu des difficultés de langage sont plus à risque de développer des troubles d’apprentissage.

Ensuite, au-delà d’une conclusion éventuelle de Dyslexie/dysorthographie, agir rapidement avec des jeunes à risque ou en difficulté permet de stimuler toutes les aires cérébrales de compensation et sans doute de contribuer à réduire le degré de sévérité du trouble.

Comme pour n’importe quelle hypothèse de trouble de nature neurobiologique (ex.la dyslexie), la meilleure façon de déterminer la persistance des difficultés sera d’effectuer une intervention spécifique ciblée suivie d’une évaluation des progrès.

Enfin, le rôle de l’orthophoniste sera également de déterminer la prédominance des difficultés en modalité orale et en modalité écrite. L’intervention de l’orthophoniste est primordiale si l’on sait que les impacts de difficultés orales se répercutent directement à l’écrit. Pensez à la compréhension de textes ou à la production de récits.

En privé, nous priorisons votre enfant, non son degré de difficulté car nous savons que n’importe quelle difficulté de communication peut avoir des répercussions majeures sur le développement personnel, social , académique et professionnel»

Sur le site du RIRE(rire.ctreq.qc.ca), je trouve un article de deux chercheuses de l'école d'orthophonie et d'audiologie de l'université de Montréal s'intitulant « Le langage oral permet de prédire les difficultés à l'écrit». Mme P. Royle et A. Marquis se sont principalement centrées sur« la relation entre les compétences morphosyntaxiques (ex....conjuguer un verbe au passé composé;)à l'oral et à l'écrit...Les résultats montrent que les aptitudes à l'oral en première année du primaire sont comparables aux habiletés à l'écrit un an plus tard ,soit en deuxième année. Plus précisément la conscience morphologique à l'oral (ce qui conduit l'enfant à manipuler les morphèmes et à comprendre les règles de formation des mots) permet de prédire les difficultés éventuelles en morphosyntaxe à l'écrit»

Il est clair que l'orthophoniste est un des acteurs primordial dans la réussite éducative . Les activités qui sont réservées à l'orthophoniste sont entre autres : évaluer les troubles du langage ,de la parole et de la voix dans le but de déterminer un plan de traitement et d'intervention et mettre en oeuvre leur application afin d'améliorer ou rétablir la communication (cfr. OOAQ).

On parle donc de communication orale et de communication écrite! 

Si votre enfant présente un problème de communication écrite, pensez à le faire évaluer en orthophonie.


Développement du langage au préscolaire- points de repères. Quels sont les panneaux indicateurs?

Publié le 4 mars 2015 à 14:55 Comments commentaires (0)

Lors de notre première rencontre,j'ai l'habitude de donner aux parents un formulaire d'acquisition du langage selon l'âge de l'enfant pour lequel ils consultent. Je le faisais déjà lorsque j'animais des rencontres de parents au CLSC . Je continue à le faire en clinique privée parce que j'y trouve plusieurs avantages. D'abord, cela nous permet d' échanger sur les éléments cochés et de les préciser.Certains parents  prennent conscience de leurs exigences vis a vis de leur enfant et enfin tout en donnant des repères sur les difficultés réellement possibles ,cela constitue aussi les premiers objectifs sur lequel ils vont devoir travailler.


AU NIVEAU DES SONS QU'IL EXPRIME:

-VERS l'ÂGE DE 1,5 AN, les SONS « p,b,t,d,m,n» et les voyelles sont acquises . ...Ouf! Les premiers mots acquis sont «papa,maman,bébé,toutou,dodo...». Heureusement qu'on lui a dit ces mots, que l'on a imité toutes sortes de bruits («meuh..»;) et mis beaucoup d' intonations en répondant à ses vocalises «AAh ah ah, tu me vois plus»,«Mmm, c' est bon»;). Heureusement que nous avons ainsi attiré son attention sur nous, notre bouche, que nous lui avons laissé le temps de nous répondre et que nous avons relancé la discussion avec un autre «oh tu es content».L'échange était présent déjà ...les premiers vrais mots n'étaient pas si loin .

 

 

 


Entre nos «ah», nos sourires, nos commentaires, nous discutons et donc nous communiquons!


-VERS L’ÂGE DE 3 ANS, les SONS «k» (camion), «g»(gâteau),«l» (lion),«f» (faim),«v»(vélo), «s» (soupe), «z» (raisin) sont habituellement observés dans le langage de l’enfant.

-VERS L’ÂGE DE 4 ANS et plus, viendront les SONS «r» (reine) puis «ch» et «j» (chien, jaune) et enfin les doubles consonnes.

 

AU NIVEAU DES PHRASES QU’IL EXPRIME :

VERS L’ÂGE DE 2 –2,5 ANS : Il utilise une juxtaposition de mots, la négation («a pu moi»;), dit «moi», commence à poser des questions «où pati?»

VERS L’ÂGE DE 3 -3,5 ANS : Il devrait être compris par vous et par votre entourage. Les pronoms «je, tu, il, elle», les déterminants «un, une, le…, mon, ton…», les adjectifs «grand, beau…», les prépositions «dessus, dans…» ainsi que les verbes au présent sont observés.

ENFIN VERS L’ÂGE DE 4 ANS ET PLUS : les phrases deviennent plus complexes avec des «parce que…» et des «pourquoi», des «et» (dès 4 ans), des prépositions «sur, devant…», des indications de temps « demain…» et des verbes au futur…

Le VOCABULAIRE, les mots que votre enfant connait et dira, dépendra de ces expériences, de ce qu’il verra, entendra, sentira…Des  mots concrets de son milieu de vie, il apprendra à se faire des représentations mentales  (ou images dans la tête) de plus en plus élaborées des mots ou concepts plus abstraits (ex. les couleurs, les notions de temps…;)

VERS 5- 6 ANS, entrée en maternelle, le langage est presque entièrement construit et constituera des fondations importantes pour développer une autre représentation de notre monde, le langage écrit.


EN CE QUI CONCERNE LA COMPRÉHENSION, il est parfois plus difficile de se rendre compte de son retard car nous accompagnons souvent nos questions ou nos consignes de gestes et nous les exprimons dans des situations concrètes de la vie de tous les jours.

Nous vous indiquons quelques repères cependant :

VERS 2,5-3 ANS, votre enfant ne répond pas aux questions «où, c’est quoi, à qui?», ne répond pas aux questions qui demandent une réponse «oui-non» …Par exemple, il répète après vous la même question tout ou en partie.

VERS 3 ANS, votre enfant ne comprend pas les consignes simples comme «Va mettre ta tuque». Par exemple, il ne réagit pas ou regarde ce que font les autres pour enfin le faire lui aussi.

VERS 4 ANS-5 ANS, votre enfant ne semble pas concerné par les conversations, donne des réponses hors sujet à vos questions…

Nous nous sommes inspirés entre autre de ces deux ressources pour vous donner ces indications. Nous vous recommandons si vous souhaitez plus de renseignements :

-L’apprentissage des sons et des phrases. M. Beauchemin, S. Martin, S. Ménard aux éditions de l’Hôpital Ste Justine.

-Guide du langage de l’enfant de 0 à 6 ans. S. Desmarais aux éditions Québecor.

 

D’AUTRES DIFFICULTÉS DE COMMUNICATIONS PEUVENT AUSSI S’OBSERVER :

  • Il hésite beaucoup lorsqu’il parle. Entre 3 et 5 ans, une période de bégaiement transitoire est possible. Cependant, si dans votre famille il y a d’autres personnes qui ont ce type de problème ou bien si cela perdure trop longtemps au point d’empêcher l’enfant de s’exprimer (ses mots bloquent), il est préférable de consulter.

  • Il crie souvent, a une voix rauque ou la perd souvent.

  • Il semble de ne pas entendre Ex. Il demande souvent de répéter, de mettre la télé plus fort. Examen en audiologie recommandé.

 

Consulter le site de l’OOAQ pour trouver une audiologiste ou une orthophoniste de votre région.

En Mauricie, j'évalue et traite les retards et troubles de langage dès 3 ans. Je suis consciente que vous devez parfois attendre avant de recevoir un service au public ou que votre enfant ne répond plus aux critères d'admission à certains programmes (ex. votre enfant présente une dysphasie modérée ou légère au primaire). C'est pourquoi je vous offre le plus rapidement possible un service.

Si votre enfant présente des difficultés avant cet âge, je vous recommande Mme Annie Fournier et pour des troubles de la fluidité et de la voix, Mme Éliane Séguin.

Le blogue Langage et cie de Marie-Pier Gingras est aussi très instructif.

Karine Boom, orthophoniste.

M.O.A.


trouble du langage